7

Jan

Gaza, la dernière carte de la mémoire

Le livre « Gaza, la dernière carte de la mémoire » n’est pas une simple nouvelle parution destinée à garnir les rayons des librairies. Il constitue un acte de résistance face à l’oubli, une tentative consciente de protéger la mémoire contre la confiscation, à une époque où le meurtre devient un outil pour faire taire les témoins et où la parole se transforme en crime.

Écrit par l’activiste des droits humains Radia Boudissa, l’ouvrage sera très prochainement disponible en librairie. Son retard de publication n’était pas d’ordre technique, mais profondément humain : le poids de la douleur porté par le texte était trop lourd pour être imprimé rapidement, trop brutal pour être apprivoisé par le temps. C’est un livre écrit depuis la plaie ouverte, et non depuis une distance sécurisée, né au cœur de la peur réelle du vol de la mémoire, tout comme les vies sont volées à Gaza.

Ce travail vise à immortaliser la mémoire de 317 journalistes, journalistes femmes et professionnels des médiastombés en martyrs à Gaza sous les coups de l’occupation israélienne, entre le 7 octobre 2023 et le 13 octobre 2025, lors de l’une des guerres les plus meurtrières jamais menées contre la presse dans l’histoire contemporaine. Des noms qui n’étaient pas de simples chiffres, des visages qui n’étaient pas de passage, des voix réduites au silence parce qu’elles portaient la vérité.

Le livre commence par Gaza, cité de civilisation et d’histoire, cette ville palestinienne qui a aimé la vie malgré le blocus, l’abandon et les conflits. Il se poursuit ensuite avec Gaza après le 7 octobre, là où tout a basculé : une guerre dans laquelle la caméra est devenue une cible, la parole une accusation, et le journaliste un témoin que l’on cherche à faire taire.

L’ouvrage ne se limite pas à la narration des faits ; il tente de les comprendre et de les analyser à travers une lecture approfondie du ciblage des journalistes selon plusieurs critères : le genre, les tranches d’âge, les fonctions, les périodes temporelles, ainsi que l’analyse des circonstances, des lieux et des moyens d’attaque. Il révèle ainsi comment l’occupation a cherché à démanteler de manière systématique l’ensemble de l’écosystème médiatique palestinien, du technicien au reporter, jusqu’à l’universitaire et au doyen de la faculté de journalisme.

Le livre met également en lumière la guerre du récit, ainsi que les outils de propagande et de renseignement médiatique utilisés par l’occupation pour falsifier la vérité et briser la conscience collective, face à des journalistes qui ont payé de leur vie leur attachement à l’information, à l’image et au témoignage.

Dans une dimension humaine profondément bouleversante, l’ouvrage revient sur les visages et les histoires interrompues : des portraits de journalistes, femmes et hommes, des rêves brutalement stoppés, des projets de vie privés du temps nécessaire pour s’accomplir. Des récits individuels qui rendent aux victimes leurs noms et leurs traits, et les empêchent de se dissoudre dans des statistiques froides.

Le livre se clôt par une liste documentée de 317 noms, accompagnée de photos, d’âges, de professions et de détails sur les dates et circonstances des assassinats, réaffirmant que ces femmes et ces hommes n’étaient pas des chiffres — et ne le seront jamais.

L’ouvrage n’oublie pas non plus les prisonniers de la parole : les journalistes détenus dans les prisons israéliennes, qui n’ont pas été tués par des balles mais emprisonnés pour avoir dit ce qui ne devait pas être dit. Il aborde également les cas de journalistes assassinés par l’occupation en dehors de la Palestine, dans d’autres pays de la région, révélant que le ciblage de la presse n’est plus limité à une seule géographie, mais relève d’une politique étendue.

Le livre a vu le jour grâce au soutien et à l’accompagnement intellectuel et professionnel de plusieurs journalistes, universitaires et chercheurs. Il a été publié par Dar Khayal pour l’édition et la traduction, qui l’a considéré comme une responsabilité morale avant d’être un projet culturel. Sa couverture est illustrée par une image sous licence de la fondation AMAD Media, basée à Gaza.

RELATED

Posts