21
Fév
Francesca Albanese, nouvelle cible politique de la France officielle
La demande de démission formulée par le Premier ministre français Sébastien Lecornu à l’encontre de la rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, marque un tournant préoccupant dans la posture diplomatique française. En l’accusant de « décrédibiliser profondément la parole internationale », le chef du gouvernement français s’en prend à une experte indépendante dont le mandat consiste précisément à documenter, en toute autonomie, les violations du droit international dans les territoires palestiniens occupés.
Depuis le début de la guerre à Gaza, Francesca Albanese a alerté à plusieurs reprises sur le risque sérieux de génocide, s’appuyant sur les critères définis par la Convention de 1948 et sur les données recueillies par les agences onusiennes et les organisations humanitaires. Ses rapports évoquent des destructions massives, des déplacements forcés de population et un nombre extrêmement élevé de victimes civiles. Loin d’un slogan politique, le terme de « génocide » s’inscrit, selon elle, dans un raisonnement juridique argumenté qui mérite débat — et non anathème.
En demandant sa démission, Paris semble franchir une ligne délicate : celle de la pression politique exercée contre un mécanisme indépendant des Nations unies. Les rapporteurs spéciaux ne représentent pas l’ONU en tant qu’institution diplomatique ; ils sont mandatés pour exercer un regard critique, parfois dérangeant, sur les États. Les attaquer pour leurs conclusions revient, pour nombre d’observateurs, à affaiblir l’architecture même de la protection internationale des droits humains.
La critique formulée par Sébastien Lecornu, qui évoque une proximité supposée avec des représentants du Hamas ou de l’Iran, apparaît aux yeux de ses soutiens comme une tentative de disqualification personnelle plutôt qu’une réponse sur le fond des accusations. Or, le débat central porte sur les faits documentés à Gaza et sur leur qualification juridique — un débat qui devrait se tenir dans les enceintes appropriées, notamment devant les juridictions internationales.
Alors que la Cour internationale de justice a déjà estimé plausible le risque de génocide et ordonné des mesures conservatoires, la parole de Francesca Albanese s’inscrit dans un cadre juridique international en mouvement. La réduire à une « décrédibilisation » de la parole internationale, c’est ignorer que le droit international repose précisément sur la capacité d’experts indépendants à alerter, y compris lorsque leurs conclusions dérangent des gouvernements.









