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Interview avec la princesse Rym Al Ali Brahimi : “L’éducation, levier fondamental pour un journalisme éthique et inclusif”

Ancienne journaliste de CNN, et présidente de la fondation Anna Lindh, la princesse Rym Al Ali Brahimi – épouse du prince Ali de Jordanie et fille de l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères Lakhdar Brahimi – est aujourd’hui une fervente défenseuse de l’éducation des journalistes. À l’occasion des Assises méditerranéennes du journalisme qui se déroulent à Marseille elle revient sur son engagement pour une formation ancrée dans la pratique et l’éthique, les enjeux de la liberté de la presse en Méditerranée, et le lien indéfectible qu’elle entretient avec l’Algérie, terre de ses racines.

Casbah Tribune : Concernant votre engagement dans l’éducation, on a remarqué à travers ces Assises du Journalisme à quel point ce sujet vous tient à cœur. Comment se traduit concrètement cet engagement aujourd’hui, et comment pourrait-il évoluer dans les prochaines années ? Peut-on dire que l’éducation est devenue essentielle dans la formation des journalistes, en particulier pour les jeunes et les femmes ?

Rym Al Ali Brahimi : Absolument, je trouve que c’est quelque chose d’essentiel. Quand j’ai commencé le journalisme, on me disait souvent : « Pas besoin de faire une école, tu peux apprendre sur le terrain ». C’est ce que j’ai fait au départ. Mais plus tard, en cherchant du travail, on m’a clairement dit : « On n’embauche que des diplômés d’écoles de journalisme ». C’est ainsi que j’ai intégré une école, et je dois dire que tout ce que j’y ai appris m’a vraiment servi sur le terrain.

Lorsque j’ai dû quitter le métier de reporter, je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose d’utile ». L’éducation m’est apparue comme une évidence. C’est un domaine où l’on peut véritablement transmettre, accompagner, et aussi valoriser d’autres parcours.

Dans notre master, par exemple, nous recrutons des étudiants qui ne viennent pas forcément d’une licence en journalisme. Au contraire, je trouve très enrichissant qu’ils aient des formations en sciences politiques, en économie, ou dans d’autres disciplines. Le journalisme leur apporte un cadre, des techniques, mais eux aussi apportent beaucoup au métier.

L’éducation est donc cruciale. Elle permet d’enseigner des techniques, de rappeler les fondements de l’éthique journalistique, et d’insister sur l’importance d’une formation pratique, et non purement théorique. Il faut savoir combiner les deux.

Quel regard portez-vous sur le journalisme de demain, en particulier dans notre région, sur la rive sud de la Méditerranée ? Les défis sont nombreux : liberté de la presse, contenus, formation…

Les défis sont effectivement immenses. Mais en même temps, on a des gens incroyablement talentueux, compétents, passionnés. Beaucoup pourraient former, créer des programmes de grande qualité. Ce qu’il manque souvent, ce sont les moyens, les financements. Il faut un investissement sérieux, une vraie reconnaissance de l’importance du journalisme dans la société.

On entend souvent des critiques sur le niveau des journalistes. Mais si l’on veut de meilleurs contenus, il faut investir dans la formation, dans les structures, dans les outils. Il y a un travail considérable à faire, mais ce n’est pas impossible. Il faut aussi suivre l’évolution technologique, qui avance à toute vitesse. Il est impératif que la formation suive ce rythme, sans perdre de vue les fondamentaux.

Et, bien sûr, il faut aussi un environnement qui permette de pratiquer ce métier librement et sereinement.

Vous avez évoqué votre lien avec l’Algérie. Même si vous en êtes éloignée pour des raisons familiales, que représente ce pays pour vous aujourd’hui ?

Pour moi, l’Algérie, c’est comme un arbre avec des racines. Ces racines sont essentielles, elles font partie de moi. C’est un pays pour lequel j’ai beaucoup de reconnaissance. Bien sûr, quand on y vit, on peut avoir un regard critique, mais quand on s’en éloigne, on voit aussi tout ce qui nous manque, tout ce qui est beau, tout ce qui est précieux.

Il y a tellement de gens passionnants, de choses positives. C’est une part de mon identité, et mes enfants le savent aussi : ils sont, eux aussi, en partie algériens. Cet héritage est important pour eux comme pour moi. Le lien entre l’Est et l’Ouest du monde arabe est un lien que je trouve très beau, qu’il faut préserver, et pourquoi pas développer davantage.

J’aimerais beaucoup pouvoir faire des choses avec l’Algérie à l’avenir.

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