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Jan
Benjamin Stora : la mémoire algéro-française est prisonnière des tensions politiques
Invité de l’émission One2One animée par Khaled Drareni sur la chaîne One TV, l’historien français Benjamin Stora est revenu longuement sur le parcours de Hocine Aït Ahmed, sur son expérience personnelle à ses côtés, mais aussi sur les enjeux mémoriels entre l’Algérie et la France, aujourd’hui dans l’impasse.
D’emblée, Benjamin Stora a tenu à souligner le rôle central de Hocine Aït Ahmed dans l’histoire contemporaine du pays, le qualifiant de « figure fondatrice et incontournable de l’histoire politique de l’Algérie ». Selon lui, Aït Ahmed ne fut pas seulement un acteur de premier plan de la lutte nationale, mais également un repère moral et intellectuel durable dans le paysage politique algérien.
L’historien a également évoqué sa relation personnelle avec le leader historique du mouvement national. « Hocine Aït Ahmed m’a aidé dans mes recherches et m’a ouvert les portes de la mémoire du mouvement national algérien », a-t-il confié, soulignant l’importance de ce témoignage direct dans la compréhension des dynamiques internes du combat pour l’indépendance.
Benjamin Stora est revenu avec émotion sur deux événements tragiques qui ont profondément marqué Aït Ahmed : les assassinats de Mohamed Khider et d’Ali Mecili. Il a décrit ces disparitions comme « un choc intime et profond » et « un immense chagrin personnel » pour le défunt opposant historique, révélateurs des déchirements internes du mouvement national après l’indépendance.
Abordant ensuite la question mémorielle, l’historien a dressé un constat lucide et critique de l’état actuel des relations franco-algériennes dans ce domaine. « Le travail mémoriel franco-algérien est aujourd’hui gelé », a-t-il regretté, tout en précisant que la commission conjointe chargée de cette question « existe toujours ». Pour Benjamin Stora, cette commission est désormais « otage des relations politiques entre l’Algérie et la France », ce qui entrave toute avancée concrète.
Enfin, revenant sur les racines historiques du nationalisme algérien, Benjamin Stora a rappelé le rôle déterminant de l’Étoile nord-africaine, qu’il a décrite comme un mouvement ayant « posé les bases de la souveraineté algérienne et de l’unité maghrébine ». Une référence essentielle pour comprendre la profondeur historique des aspirations indépendantistes et unitaires dans la région.

