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Juil

Malik Aït Aoudia, dix ans déjà : la vérité pour seul combat

Dix ans se sont écoulés depuis la disparition du journaliste et documentariste Malik Aït Aoudia, survenue le 30 juillet 2015. Dix années durant lesquelles l’empreinte qu’il a laissée dans le paysage journalistique algérien et au-delà n’a cessé de se révéler plus précieuse, plus essentielle. Journaliste, documentariste, intellectuel engagé, Malik était bien plus qu’un homme de presse. Il était une conscience, une voix pour ceux que l’histoire voulait faire taire.

Un homme de justice qui donnait la parole aux oubliés 

Pour son frère Samir Aït Aoudia, Malik n’était pas seulement un journaliste, mais un combattant de la vérité :

« Malik était un journaliste et documentariste habité par un sens aigu de la justice, qui donnait une voix à ceux que l’histoire voulait faire taire.

Il a consacré sa vie à éclairer les zones d’ombre de notre mémoire collective, avec une rigueur de reporter et une sensibilité d’homme libre.
Derrière sa caméra, il traquait la vérité sans compromis, toujours du côté des victimes, toujours fidèle à son seul pays, l’Algérie. », conclut son frère Samir.

Une vérité qu’il allait chercher dans les interstices du silence, dans les récits enfouis, dans les témoignages refusés. À une époque où la décennie noire faisait peser une chape de plomb sur la parole, Malik a insisté pour entendre ceux qu’on ne voulait plus écouter, et offrir aux faits une place d’honneur.

Un journaliste sans compromis, un professionnel d’exception

José Bourgarel, documentariste et ami proche, se souvient d’un collègue exigeant, d’un esprit lucide et courageux :

« Malik restera comme un grand journaliste et un grand réalisateur, dont la marque de fabrique était la rigueur, le professionnalisme et la probité. Il ne traitait jamais d’un sujet sans avoir tout lu, sans avoir rencontré tous ceux qui pouvaient lui permettre de comprendre la complexité des faits. Il faisait les choses à fond, toujours. », décrit José Bourgarel.

« Il n’y avait pas pour lui de petit sujet. Qu’il s’agisse de la jeunesse marginalisée du 93, des enfants des rues en Russie ou de l’Algérie post-coloniale, Malik apportait le même niveau d’exigence et de passion. »

José se souvient aussi d’un homme physiquement courageux, marqué par les années 90 où être journaliste pouvait coûter la vie :

« Je me rappelle à Alger, il s’asseyait systématiquement dos au mur, face à l’entrée du restaurant. Il disait : « Ils me tueront s’ils veulent, mais je les regarderai dans les yeux. » »

Sa méthode journalistique reposait sur l’enquête de terrain, le recoupement des faits, la parole directe :

« Malik ne se contentait jamais de « on dit ». Il allait voir les gens. Pour son documentaire sur les moines de Tibhirine, il interviewait autant les ministres que les anciens geôliers. Il pratiquait un journalisme des faits. Un fact-checker avant l’heure. », se rappelle José Bourgarel qui insiste aussi sur l’amour que Malik Aït Aoudia avait pour la lecture. « Le plus grand lecteur que j’aie jamais rencontré. Chaque semaine, on allait chez Gibert Jeune. Il repartait avec dix livres. C’était ça, Malik : une intelligence alliée à une culture immense, une curiosité sans fin. »

Un patriote sensible, rigoureux et passionné

Pour Khalida Toumi, ancienne ministre de la Culture, Malik Aït Aoudia était plus qu’un professionnel de l’image :

« Il est très difficile et douloureux de parler de Malik au passé. Tout au long de sa courte vie, il a incarné la vie, l’intelligence, le courage, l’honnêteté et l’engagement total. »

Elle souligne sa curiosité d’intellectuel, son attachement à l’histoire, et notamment son admiration pour Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane, dont il connaissait les parcours par cœur. Malik aimait le cinéma, la littérature, la philosophie.

« Il consommait la culture sans modération. Il disait souvent : « La fiction permet de recréer le réel pour le dépasser. » »

Mais derrière l’analyse lucide, Khalida Toumi retient surtout la tendresse de Malik pour son pays :

« L’Algérie, il l’a servie par l’écrit et par l’image, de la plus digne des manières. Ses documentaires sont ce que les médias ont produit de plus juste sur la tragédie algérienne. Repose en paix, petit frère. Tu as fait ta part, et largement. »

Un ami chaleureux, un regard précieux et un cuisinier hors pair  

Enfin, ceux qui ont partagé son intimité gardent le souvenir d’un homme bon vivant, humain et généreux.
Il invitait ses amis chez lui à Alger, préparait des repas délicieux – il était un excellent cuisinier – et partageait des soirées à refaire le monde, à décrypter avec finesse et humour la situation politique du pays.

« Son regard acéré nous manque. Ce genre de regard devient rare aujourd’hui. », témoigne un ami de Malik qui se remémore tous ces souvenirs un sourire aux lèvres.

Depuis 2016, la Maison de la presse de Tizi Ouzou porte le nom de Malik Aït Aoudia, en hommage à son parcours exemplaire, à son courage de journaliste et à son profond attachement à l’Algérie et à la vérité.

Dix ans après sa disparition, la voix de Malik continue de parler à travers ses films, ses écrits, ses engagements. Elle continue d’interroger, de déranger parfois, mais toujours d’éclairer.
Parce que pour lui, être journaliste n’était pas un métier, mais un acte de foi envers la justice, la mémoire et l’humanité.

Documentaires réalisés ou co-réalisés par Malik Aït Aoudia :

Gouverner, c’est choisir ! (1997)
Ce que j’ai vu en Algérie, carnets de route d’André Glucksmann (1998)
Vol AF8969, histoire secrète d’un détournement (~2002)
Autopsie d’une tragédie : Algérie 1988‑2000 (2003)
Le MartyRE des sept moines de Tibhirine (2012, diffusé 2013)

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