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Mai
Yasmina Khadra : « L’Algérie s’est battue pour sa liberté. On n’a pas besoin que les gens viennent nous demander pardon »
Lors d’une interview dans l’émission One 2 One sur One TV, l’écrivain algérien Yasmina Khadra est revenu sur son rapport à l’Algérie, son nouveau roman Le Prieur de Bethléem, la question palestinienne, la culture ainsi que les relations franco-algériennes.
Traduit dans plus de 60 langues et dialectes à travers le monde, l’auteur a d’abord évoqué sa relation avec Oran, où il passe une grande partie de l’année.
« Ce n’est pas la ville du cœur, c’est la ville où je réside », explique-t-il, tout en affirmant aimer profondément son pays.
Yasmina Khadra reconnaît cependant entretenir une relation particulière avec Alger.
« Alger est une ville qui me snobe parce qu’elle se prend pour Paris », lance-t-il avec ironie, avant d’ajouter qu’il considère malgré tout la capitale algérienne « plus belle que Paris ».
Un roman autour de la Palestine
L’écrivain a également présenté son nouveau roman Le Prieur de Bethléem, publié en Algérie et en France.
Le livre raconte l’histoire d’un célèbre éditeur parisien enlevé par un moine palestinien après avoir rejeté son manuscrit sans même l’avoir lu.
À travers cette intrigue, Yasmina Khadra explique avoir voulu revenir sur la tragédie palestinienne et dénoncer « le silence de ce que l’Occident appelle la conscience ».
Selon lui, les populations ne sont pas réellement indifférentes à ce drame.
« Les gens donnent l’impression d’être indifférents, mais en réalité ils sont impuissants », estime-t-il.
L’écrivain a également salué la position de l’Espagne sur la question palestinienne, estimant que le pays avait « sauvé l’honneur de l’Europe » face au conflit à Gaza.
Questionné sur les conséquences de ses prises de position, l’auteur affirme avoir été écarté de plusieurs institutions littéraires.
« J’ai été exclu par beaucoup d’institutions littéraires », dit-il, tout en assurant continuer à écrire librement.
« La littérature ne peut pas remplacer la justice »
Au cours de l’interview, Yasmina Khadra a également développé sa vision du rôle de la littérature dans un monde marqué par les conflits et les fractures identitaires.
« Le verbe fait les révolutions et l’éveil des nations », affirme-t-il.
L’auteur estime toutefois que la littérature ne peut pas résoudre seule les injustices internationales.
« Ce qu’il faut, c’est la justice », soutient-il, dénonçant une justice internationale « à géométrie variable ».
Il s’est aussi montré critique envers l’Union européenne, qu’il décrit comme « un conglomérat d’États vassaux » des États-Unis.
Évoquant Donald Trump, Yasmina Khadra estime qu’un dirigeant devient « un tyran » lorsqu’il « ne se limite plus à rien ».
« J’adore la langue française »
Interrogé sur la place du français face à la montée de l’anglais en Algérie, l’auteur dit respecter les choix de l’État tout en revendiquant son attachement à la langue française.
« J’adore cette langue », affirme-t-il.
L’écrivain rappelle que cette langue lui a permis de devenir « l’un des écrivains les plus traduits au monde ».
Relations franco-algériennes et polémique Bolloré
Yasmina Khadra s’est également exprimé sur les tensions entre Alger et Paris, estimant que certains responsables politiques français exploitent les questions migratoires pour des raisons électorales.
« L’Algérie n’a aucun problème avec la France », affirme-t-il.
L’auteur a aussi critiqué Vincent Bolloré, révélant avoir quitté les éditions Robert Laffont après leur rachat par l’homme d’affaires français.
Yasmina Khadra s’est également exprimé sur les tensions entre Alger et Paris, estimant que certains responsables politiques français exploitent les questions migratoires pour des raisons électorales.
Bruno Retailleau dans le viseur de Yasmina Khadra
L’écrivain a notamment raconté avoir interpellé Bruno Retailleau lors du salon du livre de Montaigu en France.
« Je lui ai dit : aujourd’hui vous parlez d’immigration clandestine, demain vous parlerez des immigrés », affirme-t-il.
Selon Yasmina Khadra, certains responsables politiques « profitent de la frustration des citoyens pour construire des carrières politiques ».
Enfin, interrogé sur les débats autour de la mémoire coloniale, Yasmina Khadra estime que l’Algérie n’a pas besoin d’excuses officielles.
« L’Algérie s’est battue pour sa liberté. On n’a pas besoin que les gens viennent nous demander pardon », conclut-il.









