19

Mai

Reyad Kesri rend hommage à sa mère Warda dans un ouvrage intime et émouvant

Invité de l’émission One to One diffusée sur One TV, Reyad Kesri, fils de Warda Al-Jazairia, est revenu avec émotion sur le parcours exceptionnel de sa mère à l’occasion de la sortie de son livre La voix, le sang et la vie, fragments de présence, publié aux éditions Éditions Dalimen.

Dans cet ouvrage intime, l’auteur mêle souvenirs personnels, histoire familiale et récit artistique pour dresser le portrait d’une femme qu’il décrit à la fois comme une immense diva et une mère profondément attachée à sa famille. Reyad Kesri explique avoir attendu quatorze années après la disparition de Warda avant de se décider à écrire ce livre, poussé notamment par son épouse et par la volonté de raconter lui-même cette histoire familiale.

Au cours de l’entretien, il revient longuement sur les origines de la chanteuse et sur le rôle déterminant joué par son grand-père, fondateur du célèbre cabaret parisien « Tam Tam ». Initialement baptisé « Algérie-Tunisie-Maroc », le nom avait été refusé par les autorités françaises de l’époque, jugé trop subversif. Son grand-père choisira finalement « Tam Tam », un acronyme dissimulant discrètement les trois pays du Maghreb. Le lieu deviendra ensuite un véritable foyer de soutien à la révolution algérienne.

Reyad Kesri raconte également une anecdote méconnue sur la naissance de Warda à Paris en 1939. La chanteuse aurait pu porter le prénom « Georgette » après qu’une sage-femme l’eut inscrit ainsi sur le registre de naissance en l’absence de son père. Refusant ce prénom à son arrivée à la maternité, celui-ci choisira finalement « Warda », en référence au bouquet de fleurs qu’il tenait dans les mains.

Le fils de la chanteuse revient ensuite sur les débuts précoces de sa mère dans la musique. À seulement 11 ans, Warda est remarquée au cabaret familial par Ahmed Hachlaf, animateur d’une émission destinée à la communauté maghrébine sur la radio française. Impressionné par sa voix, il lui propose rapidement d’enregistrer ses premières chansons.

Selon Reyad Kesri, les premiers titres interprétés par Warda parlaient déjà de l’Algérie alors même qu’elle ne connaissait pas encore le pays. Très tôt, elle s’engage aux côtés de son père dans le soutien à la cause indépendantiste algérienne. Les activités politiques menées autour du cabaret familial provoqueront d’ailleurs le départ précipité de la famille vers le Liban puis l’Égypte, après l’arrestation et la torture de son grand-père par les autorités françaises.

Au Moyen-Orient, Warda s’impose progressivement grâce au soutien de grandes figures de la musique arabe comme Mohammed Abdel Wahab ou Riad Al Sunbati. Malgré une scène artistique dominée par les plus grandes stars arabes, elle parvient à imposer sa voix et son style.

Reyad Kesri évoque aussi la période durant laquelle sa mère abandonne volontairement sa carrière après son mariage et son installation en Algérie en 1963. Pendant près de dix ans, Warda mène une vie discrète de femme au foyer à Alger, loin des projecteurs. Cette parenthèse prendra fin en 1972 après un appel personnel du président Houari Boumédiène, qui lui propose de remonter sur scène à l’occasion du dixième anniversaire de l’indépendance.

L’auteur décrit les doutes et le trac de sa mère avant ce retour très attendu, mais aussi le choix difficile qu’elle fera ensuite de quitter l’Algérie pour relancer définitivement sa carrière au Caire. Un départ qu’il affirme ne jamais lui avoir reproché malgré la séparation familiale qui en découlera.

L’entretien aborde également la relation complexe entre Reyad Kesri et Baligh Hamdi, second époux de Warda. Il reconnaît avoir éprouvé une forte antipathie envers lui durant son enfance, tout en saluant aujourd’hui son immense génie musical.

Le fils de Warda revient enfin sur les dernières années de la chanteuse, marquées par de graves problèmes de santé, notamment une hépatite C contractée après des transfusions sanguines en 1979, plusieurs interventions cardiaques ainsi qu’une greffe du foie. Malgré ces épreuves, il décrit une femme animée par une incroyable force de caractère et un profond amour de la vie.

Interrogé sur l’héritage laissé par sa mère, Reyad Kesri estime que le plus bel hommage rendu à Warda Al-Jazairia demeure l’attachement intact du public algérien et arabe à son œuvre et à sa mémoire.

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