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Août
Zafira Ouartsi, de la robe noire à l’entrepreneuriat culturel
Dans les colonnes de Souffle Inédit, Zafira Ouartsi revient, dans un entretien mené par Lazhari Labter, sur son parcours, de sa formation d’avocate à la création d’Artissimo, devenue en 26 ans un acteur de la scène culturelle algérienne.
Avocate de formation, elle choisit pourtant, à l’âge de 25 ans, une autre voie. En janvier 2000, elle fonde Artissimo avec sa sœur, portée par son amour de l’expression artistique et par l’envie de faire découvrir aux Algériens ce qu’elle-même avait eu la chance de vivre durant son enfance, entre piano, oud et danse classique.
Le contexte de l’époque donne également un sens particulier à cette initiative. Après une décennie noire qui avait profondément marqué la société algérienne, Zafira Ouartsi voulait contribuer à reconnecter les Algérois « à la vie, à l’expression, à l’échange, à l’esthétique ». La création d’Artissimo représentait ainsi, selon elle, « une autre forme de résistance », avec la conviction que l’Algérie pouvait s’ouvrir davantage à la création et à la culture.
D’abord consacré aux cours artistiques et aux formations professionnelles, Artissimo élargit progressivement ses activités. Conférences, spectacles, expositions, projections, rencontres littéraires et ateliers d’écriture viennent enrichir sa programmation. En 2020, la structure prend une nouvelle dimension en devenant un « hub créatif et culturel », avec l’ambition de rapprocher artistes, entrepreneurs culturels, publics, entreprises et institutions.
L’aventure n’a cependant pas été sans difficultés. Après le départ de sa sœur à l’étranger en 2003, Zafira Ouartsi se retrouve seule à la tête de l’entreprise. Elle découvre alors « la solitude de l’entrepreneur », mais choisit de poursuivre malgré les obstacles économiques et la difficulté à faire reconnaître pleinement la culture comme un secteur essentiel.
Vingt-six ans après sa création, le bilan témoigne de la longévité du projet : plus de 5 000 apprenants, 600 artistes et créateurs accueillis, près de 2 000 événements organisés, 60 projets menés avec des entreprises, plus de 20 avec des organisations internationales et plus de 500 000 visiteurs. Au-delà de ces chiffres, la fondatrice d’Artissimo met surtout en avant les parcours, les vocations et les rencontres qui ont marqué ces années.
Pour autant, elle estime que la culture reste encore trop souvent considérée comme un simple divertissement. « On commence à intégrer l’idée que ce secteur est un levier de développement économique », observe-t-elle, tout en regrettant l’absence d’une vision suffisamment structurée et à long terme. « Les choses bougent, mais à la vitesse d’un glacier », résume-t-elle.
Cette volonté de faire de la culture un véritable moteur de développement se poursuit également dans le domaine littéraire. Lancé en 2025 avec Fehmi Hannachi, fondateur de SudGlobal, le Prix Artissimo SudGlobal de la nouvelle a réuni plus de 283 candidats lors de sa première édition. Organisé en arabe, tamazight et français, le concours entend valoriser la création littéraire algérienne et contribuer à son rayonnement.
Alors qu’une deuxième édition vient d’être lancée, Zafira Ouartsi poursuit ainsi une aventure commencée il y a 26 ans avec la même conviction : faire de la création, de la transmission et de la culture des leviers pour une société algérienne plus ouverte et plus créative.









