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Fév

Entretien exclusif de Claver Gatete dans one2one : « L’Afrique doit financer son avenir, transformer ses ressources et s’unir pour peser dans le monde »

Dans un entretien exclusif accordé à l’émission One2One sur One TV à suivre ce lundi soir et réalisé lors de sa visite officielle en Algérie, Claver Gatete, Secrétaire général adjoint de l’ONU et Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a dressé un panorama complet des défis et opportunités du continent africain. Il a salué l’accueil en Algérie et souligné l’importance de la rencontre avec le Président de la République, dont il a apprécié la vision stratégique et historique du développement national, estimant essentiel d’écouter cette vision avant toute coopération économique.

Claver Gatete est revenu sur le rôle central de la CEA, créée en 1958, dont la mission est d’accompagner les pays africains dans le développement macroéconomique, la réduction de la pauvreté, la protection sociale, la gestion des ressources naturelles, le changement climatique, la sécurité alimentaire, les infrastructures, l’intégration régionale et les enjeux technologiques. Il a également mis en avant le rôle de coordination continentale de la CEA et celui du Centre africain de la statistique, qui aide les États à produire des données fiables pour orienter leurs politiques publiques.

Face à un contexte mondial marqué par les conflits, le changement climatique et un niveau d’endettement élevé, Gatete a insisté sur la nécessité de repenser l’architecture financière mondiale. Il a souligné que la diminution de l’aide internationale et des ressources concessionnelles oblige désormais les pays africains à mobiliser leurs ressources internes, améliorer la gestion de la dette et renforcer leur crédibilité financière. La question du financement, de la soutenabilité de la dette et de l’accès aux marchés de capitaux constitue aujourd’hui l’un des axes majeurs du travail de la CEA.

L’entretien a également mis en lumière l’importance stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Alors que le commerce intra-africain est passé de 15 % à 17 %, un niveau encore très faible comparé à l’Europe ou à l’Asie, la CEA accompagne tous les pays africains et les communautés économiques régionales afin de lever les obstacles au commerce. L’objectif est de développer des chaînes de valeur régionales — notamment dans l’agriculture, l’énergie et les minerais critiques — pour transformer localement les ressources africaines, créer des industries et générer massivement des emplois.

Sur le plan fiscal et financier, Claver Gatete a alerté sur la faiblesse de la mobilisation des ressources internes en Afrique, où le ratio recettes fiscales/PIB reste autour de 16 %. Il a plaidé pour le renforcement des administrations fiscales, l’intégration du secteur informel, le recours à la technologie et le développement des marchés de capitaux. Il a également insisté sur l’importance des notations de crédit, rappelant que seuls quelques pays africains bénéficient aujourd’hui du statut “investment grade”, condition essentielle pour emprunter à des coûts soutenables.

Enfin, Claver Gatete a salué les atouts stratégiques de l’Algérie, qualifiée de pays clé sur le continent. Il a mis en avant sa dette extérieure nulle, ses investissements au profit de sa population, ses infrastructures, son potentiel énergétique, industriel, agricole et pharmaceutique, ainsi que son rôle historique dans la coopération Sud-Sud. S’appuyant sur l’exemple du Rwanda et sur sa propre expérience, il a insisté sur l’importance du leadership, de l’exécution des politiques publiques, de l’innovation et de l’apprentissage mutuel entre pays africains. Pour lui, l’unité du continent, la technologie, l’éducation et l’emploi des jeunes feront de l’Afrique l’un des moteurs majeurs de l’économie mondiale à l’horizon 2050.

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