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Ségolène Royal : « La France doit un geste de réconciliation à l’Algérie »

Ségolène Royal a longuement défendu, ce lundi matin dans la matinale de TF1, la nécessité de renouer le dialogue entre la France et l’Algérie, appelant à un geste fort de réconciliation entre les deux pays.

Nouvellement élue présidente de l’Association d’amitié France-Algérie, une organisation fondée en 1963 par Germaine Tillion, l’ancienne ministre française a expliqué les raisons de son engagement et de sa récente démarche en Algérie.

« J’ai accepté cette mission, j’ai même pris cette initiative, en tant que présidente de l’association d’amitié France-Algérie. Je n’ai rien demandé. On est venu me chercher, parce qu’il y avait manifestement des difficultés pour agir », a-t-elle affirmé. Elle rappelle que cette association a pour vocation le dialogue, l’écoute, la compréhension mutuelle et la recherche de solutions d’avenir, dans un esprit d’apaisement hérité de l’après-guerre d’Algérie.

Or, selon Ségolène Royal, tout est aujourd’hui rompu entre Paris et Alger : relations économiques, diplomatiques et consulaires. « Des exportateurs français souffrent, notamment dans le domaine agricole. Toutes les exportations ont été interrompues. Les ambassadeurs ont été rappelés. Les relations consulaires, qui permettent notamment de gérer les situations humaines sensibles, ont été extrêmement fragilisées », a-t-elle déploré.

Refusant toute logique d’affrontement, elle insiste : « Si je commençais à tenir un discours de conflit, je ne serais pas dans mon rôle. » Pour elle, l’impasse actuelle s’explique par une histoire commune douloureuse, marquée par la colonisation, dont les conséquences n’ont jamais été pleinement reconnues par la France.

Ségolène Royal rejette également l’idée selon laquelle l’Algérie serait isolée sur la scène internationale. « Ce n’est pas sérieux de dire cela. Tous les pays s’entendent avec l’Algérie : l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, qui vient de signer un important contrat d’hydrogène vert. Même les États-Unis envoient des émissaires pour investir en Algérie. Tous les pays sont là, sauf la France », a-t-elle insisté.

Elle souligne que l’Algérie a profondément évolué : « Ce pays est aujourd’hui attractif. J’ai rencontré l’ensemble des entreprises françaises encore présentes sur place : Total, Sanofi, entre autres. L’Algérie est désormais autonome à 74 % dans sa consommation de médicaments. Beaucoup refusent de voir cette évolution parce qu’ils exploitent politiquement cette fracture. »

L’ancienne ministre estime que la France est attendue, y compris au plus haut niveau. « Le ministre de l’Intérieur devrait se rendre sur place, il est attendu. Les ministres successifs masquent l’échec des reconduites de ressortissants sous OQTF en mettant systématiquement en cause le gouvernement algérien », a-t-elle affirmé.

Pour Ségolène Royal, la première étape est claire : « Il faut un geste de réconciliation, un geste de reconnaissance. Les Algériens ne demandent pas d’indemnisation financière. D’autres pays colonisateurs ont reconnu leur histoire. Pourquoi pas la France ? »

Elle reconnaît enfin que ce sujet n’est pas électoralement rentable : « Politiquement, ce n’est pas rentable aujourd’hui de s’occuper de l’Algérie. Si j’avais une visée électorale, ce n’est certainement pas ce combat que je mènerais. Cela explique aussi le silence d’une grande partie de la classe politique. »

Mais elle met en garde : « Nous devons cette réconciliation aux jeunes générations, des deux côtés de la Méditerranée. Les partenariats avancent, les places se prennent. Un jour, il sera trop tard pour la France. »

Selon elle, cette réconciliation devrait commencer par des gestes symboliques forts, comme la restitution d’objets culturels et historiques : « Les effets personnels de l’émir Abdelkader, les canons d’Alger, les archives conservées notamment au Musée de l’Homme. Ce sont des conventions qui ont été signées. Pourquoi est-ce si difficile ? »

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