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Fév

Naâma Asfari pour la Patrie News : « Quinze ans de prison ne pèsent rien face au temps du combat national »

Dans un entretien fort en émotion accordé à nos confrères de La Patrie News, le militant sahraoui Naâma Asfari, détenu depuis près de quinze ans dans une prison marocaine, livre une analyse à la fois prudente et déterminée de la reprise du dialogue entre le Front Polisario et le Maroc, sous l’égide américaine.

Concernant cette séquence diplomatique marquée par la symbolique du lieu – l’ambassade des États-Unis en Espagne – Asfari estime qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, faute d’éléments fiables. Il considère toutefois que Washington ne dispose pas d’une solution claire et semble davantage gérer le statu quo qu’imposer un règlement définitif. Selon lui, la politique américaine vis-à-vis du Maroc relève davantage de la tactique que d’un soutien stratégique total. Il exclut catégoriquement l’idée que les États-Unis soient « à 100 % » alignés sur Rabat.

Il avance l’hypothèse d’une solution inspirée du plan Baker : une phase transitoire d’autonomie, sur cinq à dix ans, qui préparerait in fine l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Il souligne que ni le Polisario ni l’Algérie n’ont intérêt à une déstabilisation du Maroc et que toute issue devrait garantir une transition pacifique.

Sur la question des prisonniers politiques, Asfari affirme pour la Patrie News que leur sort est désormais intégré aux négociations en cours. Il estime que le Maroc est affaibli sur ce dossier et que, malgré la répression, les prisonniers sahraouis ont remporté une bataille morale et politique. Leur destin, dit-il, dépendra de l’évolution des discussions dans les prochains mois.

Interrogé sur ses conditions de détention, il évoque l’arbitraire et la volonté des autorités marocaines de briser psychologiquement les détenus. Mais il assure que cette tentative a échoué. Pour lui, les quinze années passées derrière les barreaux s’inscrivent dans les cinquante ans de lutte du peuple sahraoui. Il développe la notion de « temps du combat national », un temps différent, affranchi de la chronologie classique, où la prison devient un épisode parmi d’autres d’une longue guerre de libération.

Asfari affirme puiser sa force dans la légitimité internationale de la cause sahraouie, débattue aux Nations unies, ainsi que dans les exemples historiques de résistance, notamment algérienne et palestinienne. Il revendique avec fierté son engagement lors de la manifestation de Gdeim Izik et se dit convaincu que, malgré la dureté des conditions carcérales, la lumière et la liberté finiront par triompher pour les prisonniers politiques et pour l’ensemble du peuple sahraoui.

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