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Devant les deux chambres du Parlement, Abdelmadjid Tebboune trace les contours d’une “nouvelle ère” politique, économique et sociale
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est exprimé devant les deux chambres du Parlement ce mardi 30 décembre au palais des nations, où il a livré un discours dense et structurant, abordant aussi bien les réformes politiques et économiques que les enjeux sociaux et géopolitiques de l’Algérie. Le chef de l’État a salué le rôle central du Parlement, qu’il a qualifié de pilier fondamental de l’État algérien, notamment à travers l’adoption de lois majeures telles que la loi sur la nationalité et celle relative à la criminalisation de la colonisation.
Sur le plan politique, le président a réaffirmé son engagement en faveur du dialogue politique, rappelant qu’il l’avait déjà annoncé aux chefs de partis. Ce dialogue, a-t-il précisé, sera engagé après l’adoption de la nouvelle loi sur les partis politiques. Abdelmadjid Tebboune a insisté sur le fait qu’il reste pleinement engagé à mettre en œuvre l’ensemble des conclusions qui émergeront de ces concertations politiques.
« Je travaille avec la même volonté pour servir le peuple et défendre les intérêts de la nation », a-t-il déclaré, soulignant que le processus de réformes se poursuivra sur tous les fronts et dans tous les domaines.
Le président a rappelé que les réformes constituent une opération continue visant à consolider la bonne gouvernance. Il a assuré que la justice restera mobilisée pour combattre la corruption, tout en garantissant une protection totale aux cadres honnêtes de l’État. Dans ce cadre, il a annoncé la révision de la loi sur les magistrats, destinée à renforcer la crédibilité de la justice et à préserver l’indépendance de l’action judiciaire.
Abordant la situation économique, le chef de l’État a affirmé que l’Algérie est entrée dans une phase économique décisive, marquée par une dynamique active d’investissement. Selon lui, 500 000 postes d’emploi ont été créés, tandis que 309 projets d’investissement étrangers, d’une valeur dépassant 1 000 milliards de dinars, ont été enregistrés. Le succès du salon ITAF 2025 illustre, selon le président, la volonté croissante des partenaires étrangers d’investir en Algérie.
Abdelmadjid Tebboune a parlé d’une nouvelle ère économique, soulignant la capacité de l’économie nationale à éviter les chocs et à maintenir l’équilibre financier. Il a mis en avant la maîtrise de l’inflation à 2,8 %, avec des perspectives encore meilleures en 2026. Comparant cette situation à celle de 2018 et 2019, où l’inflation avoisinait les 9 %, il a qualifié cette évolution de véritable miracle économique.
Sur le plan des infrastructures, le président a annoncé la réalisation de 950 kilomètres de chemins de fer, accompagnés de 22 kilomètres de ponts, en l’espace d’une année et demie, grâce aux efforts nationaux et à la coopération chinoise. Depuis 2023, l’Algérie a enregistré une croissance économique de 4 %, avec une poursuite attendue jusqu’en 2026, ce qui ferait de l’économie algérienne la plus performante de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord, selon le chef de l’État.
La politique de promotion du produit national confirme, a-t-il ajouté, la transformation progressive de l’économie algérienne. Il a rappelé que l’industrie représentait 18 % du PIB à l’époque de Houari Boumediene, avant de chuter à 3 %, dans une orientation volontaire qui a réduit l’Algérie à un simple marché d’importation. Refusant toute distinction entre secteur public et privé, le président s’est engagé à porter cette part industrielle à 12 %, alors qu’elle atteint actuellement 10 %.
L’industrie pharmaceutique a été citée comme un exemple de réussite, couvrant 82 % des besoins nationaux grâce aux capacités locales. L’Algérie est désormais leader en Afrique et dans le monde arabe dans ce domaine. Le pays produit chaque année 250 000 diplômés universitaires, et en 2025, 250 millions de dollars ont été versés au Trésor public grâce aux économies réalisées sur l’importation de médicaments.
Le président est revenu sur sa vision exprimée dès la campagne présidentielle de 2019, mettant l’accent sur les startups, qu’il considère comme un levier stratégique fondé sur les cerveaux et les compétences nationales. Il a exprimé l’espoir de voir émerger 20 000 startups avant la fin de son mandat.
Dans le secteur minier, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que l’Algérie a concrétisé le rêve de Houari Boumediene avec le lancement du complexe minier de Ghar Djebilat, classé comme le troisième plus grand complexe minier au monde. Il a annoncé l’objectif de porter la production de phosphate à 10 millions de tonnes par an. Par ailleurs, 25 stations d’énergie solaire sont programmées, avec la perspective d’exporter l’énergie solaire à l’avenir.
Le chef de l’État a reconnu un échec dans la production nationale de viandes, compensée par les importations, qualifiant cette situation d’interrogation majeure révélant des difficultés et des comportements inacceptables. Il a toutefois réaffirmé que l’Algérie restera un État social, sans jamais renoncer à ses mesures de soutien.
Dans ce cadre, il a annoncé que l’allocation chômage atteindra 18 000 dinars en 2026, la titularisation de 82 000 fonctionnaires, ainsi que la construction de 1 700 000 logements entre 2019 et 2024. En 2025, 400 000 logements ont été distribués, aussi bien en milieu urbain que rural.
Sur le plan international, Abdelmadjid Tebboune a réitéré le soutien indéfectible de l’Algérie à la Palestine, affirmant que Ghaza a été victime d’un génocide silencieux. Il a évoqué l’action diplomatique algérienne au Conseil de sécurité de l’ONU et indiqué avoir décoré personnellement Amar Bendjama. Concernant le Sahara occidental, il a insisté sur la nécessité de consulter la population sahraouie et de respecter son choix, affirmant que l’Algérie ne prétendra jamais parler à la place des Sahraouis.
Évoquant le voisinage régional, le président a déclaré qu’il n’existe aucun fait accompli dans l’environnement géopolitique de l’Algérie. Il a salué les bonnes relations avec la Mauritanie et souligné que les peuples du Sahel, notamment du Mali et du Niger, sont des peuples frères, tout en dénonçant la présence de groupes qualifiés de « microbes » cherchant à semer le chaos et le sang dans la région.
Concernant la Libye, le chef de l’État a exprimé une profonde solidarité, affirmant que le règlement de la crise doit être exclusivement libyen, sans aucune ingérence étrangère. Il a plaidé pour des élections libres et le respect du verdict des urnes, espérant que l’année 2026 marquera la fin de cette blessure ouverte depuis 14 ans.
Enfin, Abdelmadjid Tebboune a longuement évoqué les relations avec la Tunisie, dénonçant des tentatives visant à porter atteinte à l’amitié algéro-tunisienne. Il a rappelé que les deux peuples ont mêlé leur sang durant la guerre de libération et qu’il n’y a jamais eu de trahison de la part de la Tunisie. Le président a affirmé n’avoir jamais interféré dans les affaires internes tunisiennes, soulignant le respect de l’Algérie pour le sommet de l’État tunisien et son refus total de toute ingérence.
Il a conclu en affirmant avec force que l’armée algérienne n’entrera jamais en Tunisie, dénonçant les rumeurs malveillantes et avertissant que quiconque voudrait nuire à la Tunisie devrait « passer sur nos corps ». L’Algérie, a-t-il assuré, restera aux côtés du peuple tunisien, sans jamais oublier le soutien apporté durant la guerre de libération nationale.









