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Fév
Appel poignant des associations après le féminicide d’Asma Oumaima
Appel
De la demande d’aide au meurtre : l’histoire d’un féminicide évitable
Encore une fois, Une adolescente de moins de 16 ans a été torturée et sauvagement assassinée par son père. Asma avait depuis longtemps demandé de l’aide, appelé au secours et supplié de ne plus retourner chez son bourreau. Son lycée, la gendarmerie, les voisins, toute la société était informée. Personne n’a empêché l’abominable infanticide/féminicide.
C’est un horrible assassinat dont nous portons tous et toutes la responsabilité, coupables du crime de non-assistance à personne en danger.
À qui devons-nous nous adresser ? Y-a-t-il, dans ce que nous voulons être notre pays aussi, quelqu’un, une institution, un pouvoir qui se sente concerné par notre détresse ? Nous posons la question à chacune et chacun car ce n’est pas la première fois que nous nous mobilisons à propos des féminicides avec peu de progrès.
Nous espérons que les autorités appliquent la loi et mettent en œuvre de véritables mesures pour protéger les femmes.
Quelle était la vie, le calvaire de cette jeune algérienne, Oumaima Asma du village de Sidi Akkacha, dans la Wilaya de Chlef, qui n’a trouvé aucune protection d’aucune sorte dans son pays, l’Algérie.
À l’arrivée du village, il est facile de localiser la maison, c’est la plus abîmée du quartier. Non seulement visuellement mais il y règne aussi une atmosphère bizarre. Le lieu semble habité par le drame qui s’y est déroulé. La famille, traumatisée, n’y réside plus. Elle été recueillie par des voisins, une famille humble comme eux mais solidaire malgré ses propres difficultés. Ils
sont cinq: la mère, la sœur et les trois frères d’Asma. Dans ce lieu imbibé de sang, ils ont connu les violences et le meurtre. Nombreux sont les témoignages sur d’autres féminicides dans la région. Ainsi, le propre frère de l’accusé a tué son épouse l’année précédente.
L’accusé, le tortionnaire, le bourreau, c’est le père, celui qui est chargé de protéger la famille et dont le statut est conforté par les lois. Il est tout puissant et, lorsque l’Etat prétend défendre les femmes victimes, il leur demande, dans un même mouvement, de lui pardonner. Il le sait, l’homme violent, c’est pourquoi, durant des années, Asma, mais certainement aussi d’autres
membres de cette famille, fut l’objet de violences extrêmes, de privations, de torture.
Des voisins donnaient de la nourriture en cachette à la pauvre victime que le père enfermait près du mur communiquant entre les deux maisons. Le meurtrier a tellement conscience de sa toute-puissance que l’on rapporte que lors de son audition il a adopté une attitude froide, dépourvue de remords. Il aurait déclaré assumer son acte, estimer avoir raison et ne pas être
.) قصاص) -opposé y compris à une condamnation à mort (kisss déclarations s’inscrivent dans une logique d’extrémisme déjà observée lors de violences
antérieures. Le tortionnaire a été convoqué par le lycée et à l’initiative de la psychologue sollicitée par les camarades de classe de la victime qui avaient découvert qu’elle se mutilait.
Cette démarche pour initialement alerter le père, pensée comme une protection, a malheureusement précédé le passage à l’acte.
Un point central s’impose : la famille est dans l’impossibilité, psychologique et matérielle, de réintégrer la maison, lieu de l’assassinat et de violences répétées. La mère, marquée par d’anciennes fractures, paraît profondément brisée. Les enfants, y compris les garçons, ont également subi des violences. Leur état psychologique est alarmant et requiert un accompagnement sérieux pour prévenir toute reproduction du cycle. La violence, quelles qu’en soient les formes ou les justifications, reste inacceptable. L’enjeu est d’en empêcher la répétition.
Et l’État, à travers ses institutions, a un devoir de protection. Honorer la mémoire de cette victime, fille du peuple, c’est aussi pour l’Etat algérien prendre ses responsabilités en adoptant enfin des mesures tant réclamées, à savoir :
Des procédures, enfin efficaces, relatives au signalement et aux mesures d’éloignement des auteurs de violence.
L’abrogation de la clause du pardon qui a, par le passé, conduit à raccourcir l’emprisonnement de l’auteur après des violences graves.
L’Etat doit se constituer partie civile lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité physique de ses citoyens.
Et nous aspirons, encore et toujours, à devenir des citoyennes vivant dans un État qui nous protège.
Et, alors que la « Harga» au féminin, expression d’un mal être, se développe et que des femmes errent dans les rues la nuit, enfin, il serait temps de créer davantage de centres d’hébergement susceptibles d’assurer une protection aux victimes de violence.
Dans ce cas précis, il convient de rappeler qu’il s’agit juridiquement d’un infanticide, la victime étant une enfant. L’analyse doit donc se concentrer sur la défaillance des mécanismes de signalement et d’éloignement, qui auraient dû être activés immédiatement.
La parole de l’enfant n’a pas déclenché les procédures prévues par la Loi n°15-12 relative à la protection de l’enfant, laquelle impose pourtant l’évaluation rapide du danger, la transmission obligatoire du signalement aux autorités compétentes et, lorsque le risque est avéré, l’éloignement immédiat de l’enfant du milieu dangereux.
Ce drame révèle un manquement grave à l’obligation de protection qui incombe aux services éducatifs, sociaux, sécuritaires et judiciaires.
Nous revendiquons l’effectivité réelle des mécanismes de signalement, l’automaticité des mesures d’éloignement en cas de danger crédible, ainsi qu’un contrôle rigoureux de l’application de la loi afin que la parole d’un·e enfant en danger entraîne immédiatement
protection et mise à l’abri.
Nous invitons toutes les personnes et organisations souhaitant se mobiliser à le faire dans le respect absolu de la dignité de cette famille.
Les associations signataires :
TBD Algeria
La Fondation du Journal Féministe Algérie
Rachda Atfale et nissa
Réseau Wassila AVIFE.
La fondation pour l’égalité / CIDDEF
Association Nationale Femmes en Communication
Le collectif Assirem N’Yellis N’Djardjar
Fondation Batalat
Collectif ADF El Fahlet
Association Femmes Algériennes Revendiquant leurs Droits- FARD
Association Djazairouna
Laha podcast
Algérian Feminists
Association Tharwa N’Fadhma N’Soumer
Individualités signataires :
Pr Fatma Oussedik, sociologue et féministe.
Soumia Salhi féministe et syndicaliste
Habiba Djahnine. Réalisatrice, formatrice, féministe.
Faïka Medjahed.
Khaoula Taleb Ibrahimi.
Amira KHAROUAA, Féministe / Collectif des Femmes de Constantine (CFC).
Amal Khettab.
Katia Mohammedi.
Nadia Leila Aissaoui.
Lilette Benyayad chérif.
Yakouta Benrouguibi.
Leila Saadna.
Rima Kerkebane.
Boussaïd Khadidja, chercheure universitaire, militante féministe.
Fatma Alioua.
Fatima Hamidouche.
Amina Izarouken, militante féministe.
Samia Allalou, Féministe.
Aïcha Messadia, féministe.
Kaouther Dernouni.
Kahina Arezki.
Ghozlène Benabi









