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13 février 1960 : le crime nucléaire français qui hante encore le Sahara algérien

Le 13 février 1960, la France procédait à son premier essai nucléaire dans le Sahara algérien, baptisé « Gerboise bleue », sur le site de Reggane, au sud de l’Algérie. Soixante-six ans plus tard, cet épisode demeure une blessure ouverte dans la mémoire nationale et un contentieux persistant entre Alger et Paris.

L’explosion de « Gerboise bleue », d’une puissance estimée à environ 70 kilotonnes – soit près de quatre fois la bombe d’Hiroshima – marque l’entrée officielle de la France dans le club des puissances nucléaires. Elle est suivie de trois autres essais atmosphériques à Reggane en 1960-1961, puis de treize essais souterrains entre 1961 et 1966 dans la région d’In Ekker, dans le massif du Hoggar, pour un total de 17 essais nucléaires en Algérie.

Dès le premier tir, les retombées radioactives se révèlent considérables. Des cartes déclassifiées des autorités françaises ont montré que le nuage radioactif s’est étendu bien au-delà du Sahara. Le lendemain de l’explosion, il atteint la Libye, traverse une partie du Niger et s’approche de N’Djamena, au Tchad. À J+4, les retombées couvrent des milliers de kilomètres carrés, touchant notamment le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Mali. Douze à treize jours après l’explosion, les particules radioactives atteignent Alger en passant par le Sahara occidental et le Maroc, avant de traverser la Méditerranée vers les côtes espagnoles et la Sicile.

Ces essais ont exposé des populations civiles, des travailleurs locaux et des militaires aux radiations, souvent sans protection adéquate ni information sur les risques encourus. Des témoignages font état de maladies graves, de cancers et de malformations congénitales sur plusieurs générations. L’impact environnemental, quant à lui, demeure visible sur certains sites, où subsistent des déchets radioactifs et des zones contaminées.

Depuis des décennies, l’Algérie réclame à la France la reconnaissance pleine et entière de sa responsabilité, la remise de l’ensemble des documents relatifs aux essais et une coopération effective pour la décontamination des sites. La question des indemnisations reste également au cœur des revendications. La récente loi criminalisant la colonisation adoptée par le parlement algérien réclame aussi des dédommagements et des réparations suite à ces essais nucléaires.

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